Il n’y a pas longtemps, je suis née.

 

En général, la gestation se passe dans le ventre de sa mère. Pour moi, c’était dans un hôpital avec des trucs bizarres injectés dans mes veines et des dossiers avec marqué partout : « Cancer ».

Je ne sais pas exactement ce qu’il y avait dans ces gélules, dans le liquide des ces tuyaux et dans les rayons de ces machines, mais pendant cette période, il s’est passé quelque chose de très étrange.

À 24 ans, j’suis morte.

Et pis… je suis née à nouveau.

Avec des cheveux tout courts, voici mes résolutions de nouvelle-née de 27 ans :

 

1 . PRENDRE SOIN DE MA SANTÉ

 

Ça semble facile ? Que nenni !

Pourtant, j’y travaille. J’essaie de me coucher avant minuit, et je vous assure, quand on mange des légumes à tous les repas, on finit par aimer.

Je saupoudre mon quotidien de bonnes habitudes. Les smoothies, c’est rigolo à faire, le thé vert, c’est facile. Un restau Macdo ? Une fumée de cigarette ? Je me bouche le nez et je détourne le regard.

En fait, tout irait plutôt bien s’il n’y avait pas… le SPORT.

Ô Malheur ! Miséricorde ! Mes muscles fondus par trop d’heures passées à l’horizontale, ce petit coeur fatigué par les traitements… Et cette fatigue ! Vicieuse, impolie… qui s’invite n’importe quand !

Le saviez-vous ? :  À partir de mars 2017, nous (les cancéreux et autres grands blessés) avons droit au sport sur ordonnance ! 

 

2 . VIVRE À FOND… MAIS PAS TROP !

 

Je veux profiter de la vie avec intensité, passion, folie… encore plus depuis que j’ai failli mourir.

Mais mon cerveau et mon corps se disputent sans arrêt.

Cerveau: Viens, on part en week-end à l’improviste !

Corps : Bof. Je préférerais rester à la maison me reposer.

Cerveau : Allez, sois cool ! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas amusés !

Corps : C’est quoi, le plan ?

Cerveau : Berlin ? Ça te dit ? On va faire la fête toute la nuit !

Corps : Hors de question ! Ce n’est pas raisonnable.

Cerveau : On pourrait sauter en parachute !

Corps : Trop dangereux.

Cerveau : Faire du stop jusqu’en Grèce !

Corps : Trop fatiguant.

Cerveau : Euh… Un week-end à la montagne alors ?

Corps : As-tu réservé un hôtel ? J’ai besoin d’un lit confortable. La bouffe sera bio ? Je ne veux pas manger n’importe quoi.

3 . PARDONNER (… à ceux qui t’ont offensé, mon enfant)

 

J’ai failli clamser, mais l’univers m’a sauvée. Ou alors c’était grâce au grand barbu sur ses nuages, un ange qui passait par là, ma bonne étoile ou un heureux coup de poker.

En tout cas, j’ai beaucoup prié. J’ai parlé à tout ce qui pouvait m’entendre et j’ai promis, mais alors juré sur la tête de toute la planète que si je m’en sortais, je serais une fille super bien.

Du genre à pardonner à tous ses ennemis. Parce que de toute façon, rien n’est grave comparé à cette maladie de merde.

Et au passage, j’ME suis pardonnée. Tant qu’à faire. 

 

4 . PLACER L’OPINION DES AUTRES AU SECOND PLAN

 

5. DIRE MERCI

 

Merci, cher coeur de battre 70 fois par minute.

Merci, cher père, chère mère, chers frères, chers grands-parents, chères tantes, chers oncles, chers cousins, chères belles-soeurs, chers beaux-frères etc… d’être toujours à mes côtés et en bonne santé.

Merci, cher robinet de me donner de l’eau propre tous les jours.

Merci, cher oxygène de remplir mes poumons.

Merci, chère assiette d’être toujours remplie.

Merci, cher voisin de me sourire dans les escaliers.

Merci, cher soleil de te lever tous les matins.

Merci, chères erreurs qui m’avez appris à grandir.

Merci la vie, j’espère que tu me gâteras encore longtemps.

Voyez ? C’est pas si difficile !

 

6. PARTIR EN RETRAITE SILENCIEUSE AU TIBET ET DEVENIR BERGÈRE VEGAN

 

Non, je déconne.

 

7. FAIRE CE POUR QUOI JE SUIS NÉE

 

Là, je suis sérieuse, par contre.

Dans cette deuxième vie, je ne ferai plus de concession à ce sujet.

Mon temps ne sera plus uniquement utilisé pour rajouter des numéros sur un compte en banque. Je dépenserai ma précieuse énergie pour faire des choses qui ont du sens. Je ne ferai plus taire mes élans passionnels. Je n’aurai plus peur de me lancer toute entière dans ce pour quoi je me sens faite.

Et les jours où j’aurai un coup de mou, je prendrai un shot de motivation (je vous invite à en prendre un aussi en cliquant sur ce lien !)

8 . M’AIMER

 

J’ai eu un cancer à 24 piges et j’en ai parlé à la Terre entière. OK.

Cependant, je ne suis PAS mon cancer. Celui/celle qui m’appelle « la Cancéreuse », « Celle qui a eu un cancer » ou « La meuf malade ». Je lui botte les fesses.

Je ne suis pas ce qui m’est arrivé. Je suis mes actions, je suis les décisions que j’ai prises.

Et je décide d’aimer mes cicatrices, d’aimer mon parcours, chacun de mes organes et enfin… d’essayer de m’aimer, moi.

9 . NE PAS OUBLIER, MAIS AVANCER

 

D’une certaine manière, je voudrais retrouver la philosophie que j’avais pendant la maladie.

Je veux dire… Chaque instant était spécial.

Le bonheur se glissait partout, tout était si intense… L’essentiel m’apparaissait comme une évidence. J’étais aussi libre que sont tous ceux qui n’ont rien à perdre.

Face à la mort, la vie était tellement plus… VIE.

Et puis… la menace s’éloigne et l’existence se complique à nouveau.

Mes mauvaises habitudes sont de retour. Je m’embrouille le cerveau pour des broutilles, je râle pour pas grand chose et je m’énerve quand il y a trop de vaisselle.

Dans ces moments, je m’agace. J’essaie alors de me souvenir de ce que je ressentais à l’époque où je n’avais ni cheveux ni avenir. J’essaie de retrouver cet amour absolu, cette gratitude immense éprouvée à chaque seconde volée au cancer.

Et de toutes mes forces, je me réinvente.

J’écris la suite. Je me lance dans cette vie sans maladie, une vie où tout ce qu’il m’est arrivé a un sens. Je la choisis et je la façonne à ma manière.

Car si je ne le fais pas, qui le fera pour moi ?

 

Et toi ? Quelles sont tes résolutions de nouveau(elle)-né(e) ?
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