J’ouvre la portière du taxi de la sécu.

 

C’est ma toute première séance de rayons. Dans la voiture, il y a des femmes. Leurs têtes sont couvertes par des foulards et leurs regards sont baissés. Les salutations sont froides, voire inexistantes. Le silence, en grand maître, est compact, quoique brisé de temps à autres par le bruit de touches de téléphone.

Un homme qui est assis devant CancerLand. Je remarque qu’un trou béant remplace son menton et sa gorge. Gloups. Je tente d’effacer cette image qui imprègne mon cerveau et je suis la flèche « Radiothérapie».

Une petite voix claire brise la blancheur du couloir. En face de moi, un enfant d’à peine quatre ans tient la main d’une dame en blouse. Il est minuscule, si chétif … et une fine toison de cheveux blonds laisse apercevoir la quasi-totalité de son crâne. La vie est une chienne. Ce bébé est trop jeune pour comprendre ce qu’est la souffrance mais elle le tient déjà entre ses griffes. J’espère de tout mon coeur qu’il guérira et qu’il deviendra président de la république.

 

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Allongée sur la table, le masque grillagé me comprime le visage. Lorsque les machines rondes et carrées commencent à graviter autour de moi, le champ de bataille à l’intérieur de ma poitrine sort de son sommeil. La douleur est vive, juste comme si elle n’était jamais partie. Comme si mon corps sentait qu’on allait encore lui faire des misères et se mettait à protester.

J’attends, totalement immobile. On pourrait jurer qu’il ne se passe strictement rien. Mais je sais qu’un rayon invisible et mystérieux est déjà en train de traverser ma peau. Je ferme les yeux. Si tout va bien, dans vingt-deux séances je serai libérée de cette foutue maladie qui bouffe mes journées et qui a pris le contrôle sur ma vie.

 


Dessin by Joachim