Ça fait plusieurs jours que j’y pense avec un mélange de mélancolie et d’excitation.

 

Aujourd’hui, cela fait très exactement un an que l’on a trouvé une tumeur de 15 centimètres entre mes deux poumons.

Je m’en souviens très bien. Ce jour là, ma vie s’est retournée comme on retourne un sablier. Les aiguilles sur l’horloge se sont mises à tourner à l’envers, toutes les couleurs et les visages autour de moi se sont métamorphosés. J’ai tout plaqué en Asie et je suis rentrée en France en catastrophe, me demandant si j’allais voir le début d’une autre semaine.

 

annif4

 

À la même date, une année plus tard, cette fille que je vois dans le miroir a plutôt bonne mine. Les cercles noirs autour des yeux s’effacent petit à petit, les joues sont rebondies, la peau de la poitrine a repris sa couleur normale. Seuls les cheveux très courts et la petite bosse formée par le port-à-cath sous la clavicule témoignent d’une lourde histoire. Mis à part ces deux légers détails, on pourrait croire que je suis une fille normale.

Pourtant je ne suis toujours pas retournée à la normale. Je passe les deux tiers de ma vie au lit, je ne reste jamais réveillée très longtemps. J’ai un haut le coeur à chaque fois qu’une odeur me rappelle vaguement celle de l’hôpital et je suis incapable de manger quoi que ce soit qui se trouve dans une barquette en plastique. Des douleurs m’assaillent presque quotidiennement. Une pointe me coupe la respiration, mon coeur bat la chamade avant de ralentir dangereusement, un poids pèse sous mes côtes et m’écrase. Et j’ai peur. 

 

annif1

 

J’ai peur tout le temps. Je sens la présence invisible d’une épée de Damoclès au-dessus de moi jour et nuit. Dans ma tête, chaque nouvelle douleur dans la poitrine est le signe du retour de mon cancer. Et chaque douleur à un autre endroit de mon corps est le signe d’un nouveau cancer qui démarre. Ces trois derniers mois, j’ai eu un début de cancer du foie, de la rate, de l’utérus et du petit doigt de pied. J’ai vingt-cinq ans et je suis devenue complètement  parano. 

Et si ça recommençait vraiment ? Qu’est-ce-que je ferais, alors ? Je me battrais ? Ou bien je baisserais les bras, refusant de lutter encore une fois contre le destin ? Laisserais-je le mal m’emporter, épuisée par tant de souffrance ?

Je me battrais, c’est sûr.

Même si la vie devenait trop compliquée pour valoir le coup. Même si je me sentais plus souvent mal que bien. Il y aurait toujours quelques minutes de petits bonheurs à prendre par-ci par-là, des gens qui me feraient rire et de belles musiques. C’est toujours mieux que rien du tout.

Je survivrai, ou bien je mourrai les armes aux poings.

 

annif

 

Je sais que je vais mieux parce que lorsque mes amis me racontent leurs problèmes, je n’ai plus envie de les secouer dans tous les sens en leur disant « Mais putain ! Ouvre les yeux ! »

 

annif2

 

Je trouve même (non sans surprise) que certains de leurs problèmes sont assez relous. Et puis je ne pense plus à la mort tout le temps. Il y a même des jours où personne ne me parle de ma maladie. J’ai à nouveau la place d’aspirer à autre chose que de la simple survie. Je projette des voyages, des activités, du boulot. Je pense au futur, quoi !

 

annif3

 

En fait, je crois que je suis doucement en train de guérir.

 

FB Header-01 copy

Join the discussion 11 Comments

  • Sylvie dit :

    J’ai été torturée par les mêmes pensées que toi, Marine.
    Après … on écoute beaucoup plus son corps, trop en fait … et on se découvre des douleurs qu’on ne se connaissait pas alors forcément on pense au pire. 8 ans après, je ne peux m’empêcher d’y penser… mais contrairement au début, j’arrive tout de suite à contrôler cette mini paranoïa.
    Au tout début, je me réveillais la nuit en ayant la certitude que j’allais mourir, c’est une impression de vide, un mal être intense et puis, je réalisais que j’étais dans un demi-sommeil : ouf ! C’était pour de faux ! Et je me rendormais rassurée. Maintenant, je n’y pense plus et j’arrive aussi à écouter les problèmes des autres en les plaignant ! C’est sûr, c’est un signe ! Bon anniversaire ! Bises.

  • Papa dit :

    Ma chérie…

  • hicham dit :

    Bonjour Marine,
    c’est toujours un véritable régal que de te lire et, vue ton jeune âge, ton style d’écriture me laisse muet. Si un jour tu ne sais plus quoi faire, je te suggère fortement d’écrire un livre, ne serait-ce que celui de ton histoire. Nul doute qu’il ferait un tabac. Tu écris légèrement mais tout ce que tu dis est profond, sensé et la charge émotionnelle est bel et bien là. Oui, tu es douée, et pas seulement pour le chant. Pour te dire, certain de tes passages me font même rire (et je t’assure qu’il n’est pas donné à tout le monde de me faire franchement rire).

    Pour ma part, je ne t’ai malheureusement pas lu depuis une bonne semaine car j’ai été hospitalisé en urgence, non pour mon cancer, mais pour une maladie du coeur, mais une maladie non mortelle, une pathologie qui m’a simplement mis complètement chaos, et ce n’est que depuis deux jours que je commence à récupérer. Je reprendrai donc très prochainement la lecture chronologique de ton histoire (j’en suis à « Le bain chaud », D100) et prendrai le temps de bien assimiler tous les messages que tu veux faire passer.

    Quant à l’épée de Damoclès, que dire? Comment s’en débarrasser? Est-ce seulement possible? A partir de là, comment ne pas devenir un peu parano, être constamment ou souvent sur le qui-vive, prêt à sursauter à la moindre alerte, au moindre signe inhabituel de notre corps?

    Je ne pensais pas qu’à l’heure d’aujourd’hui, un an après, tu passais encore les deux tiers de ta vie au lit. Oui, je pensais sincèrement que tu allais beaucoup mieux. Mais, comme tu le diras certainement mieux que moi, il reste l’autre tiers, celui des moments heureux, agréables, qui redonnent la pêche et l’énergie, le courage et le moral, tout au moins c’est ce genre de « tiers » que je te souhaite.

    Continues à prendre bien soin de toi, du mieux possible et, pour ma part, je te dis à bientôt !

    • Marine dit :

      Merci Hicham pour cet adorable message.
      J’ai lu dans votre blog au sujet de votre « accident ». Vous avez du avoir très peur, heureusement que ce n’est pas dangereux.
      Même si je passe toujours énormément de temps au lit, je vous assure que je vais vraiment beaucoup mieux !
      Et je m’arme de patience en espérant un jour retrouver la même pêche qu’avant. Je pense que ça reviendra.
      Je vous remercie de me lire et j’espère que les messages que je veux faire passer vous aideront un tout petit peu dans votre combat.
      Je pense à vous,
      Marine

  • Nana-de-Marine dit :

    Essaie d’oublier ce côté « si », ma Marine chérie. Je sais, trop facile à dire pour quelqu’un qui a vécu presque toute sa vie et sans gros pépins jusqu’à présent. Tu ne peux pas savoir « si » l’épée de Damoclès va te tomber dessus, « si » tu vas avoir encore à passer par là, même « si » tu as cette chose beaucoup plus banale, un accident de voiture, « si » tu vas glisser sur une peau de banane et te briser le dos… Il y a tellement de « si »… et « si », quand la fatigue ne t’en empêche pas, tu vivais le plus possible comme les gens sans « épée » (et finalement ils n’en savent rien), en savourant chaque instant. Bien sûr tu te battrais, mais n’y pense, si possible, que le moment venu. Sinon, tu vas épuiser tes batteries pour rien. Vis, vis, VIS et avance vers ton avenir en ayant des projets pleins la tête et en les accomplissant. Mais tout ça petit à petit, tout doucement. Je t’aime et je crois en ton futur.

  • Marie dit :

    Bonjour,

    Je suis tombée par hasard sur votre blog. Je suis admirative de votre parcours et de votre courage.
    J’ai 19 ans et j’ai appris il y a peu que je risquais d’avoir une maladie dégénérative. Un diagnostic qui coupe le souffle.
    Je ne veux surtout pas comparer votre « épée de Damoclès » à la mienne, mais je voulais simplement vous dire qu’on en a tous, plus ou moins menaçante, au dessus de notre tête. Malgré mon jeune âge, j’ai appris que c’était ça, la vie : apprendre à vivre au jour le jour, sans avoir peur chaque seconde de ce qui pourrait nous arriver. Tout simplement être heureuse de pouvoir profiter de chaque minute qui nous est offerte.
    Vous avez traversé tellement de souffrances physiques et morales, et vous êtes là, en vie.. Vous avez un courage inouï et vous êtes un réel exemple pour moi.

    J’ai appris que s’inquiéter de quelque chose (une récidive, un malheur..) ne servait à rien, ne nous aidait pas à avancer, au contraire, cela paralyse. Le psychologique a un impact fou sur le physique. Je sais que c’est bien facile à dire. Mais il faut avoir confiance. Confiance en notre futur. Au minimum profiter du présent.
    Loin de moi l’idée de vous donner des leçons de vie (c’est plutôt vous qui m’en avez donnée une belle), mais je voulais essayer de partager humblement la philosophie de vie que j’ai adoptée depuis quelques semaines.

    Je vous souhaite sincèrement de vous sentir de mieux en mieux.
    Vous m’avez beaucoup touchée.

  • flo dit :

    merci pour ce blog frais, joyeux, vrai, que je viens de découvrir et m’empresse de partager avec toutes les amies faisant partie comme nous du « club cancer ». vous faites ainsi , en partageant votre vécu dans sa nudité, beaucoup de bien autour de vous. on vous envoie un douce brise de tendresse.

  • Nana-de-Marine dit :

    Marie – je ne suis pas Marine, mais sa grand-mère maternelle – je voulais juste vous dire que comme elle a été beaucoup absente ces derniers temps (Londres, Brighton, Paris, Chine – d’où elle est rentrée cette nuit), si elle n’a pas donné suite à votre message, je suis sûre que c’est parce qu’elle n’en a pas encore pris connaissance.
    C’est une fille qui est d’une générosité et d’une écoute très grandes (et ce n’est pas parce qu’elle ma petite-fille) et je sais qu’elle va venir vers vous dès qu’elle pourra.
    Comme membre du « club blog k.o.a.h. », je vous souhaite une meilleure diagnostique que ce qu’on vous a dit et, en tout cas, mes voeux vous accompagnent.

  • ElodieQ dit :

    Marine,
    J’écris également ! Tant de similitudes.
    Je viens de visionner ton interview, tu es magnifique !
    Bravo à toi

  • Vanessa barrilliot dit :

    Je suis très touchée par ton histoire. En décembre dernier on m’a diagnostiqué un cancer du sein à l’âge de 25 ans. Je me retrouve parfaitement dans toutes tes paroles ! J’ai traversé les chimios, les opérations et les rayons. Je commence depuis peu mon hormonothérapie pour les 5 ans à venir.. Je devrais être heureuse et soulagée mais je suis devenue également parano.. J’ai peur que cela revienne !
    Je te souhaite une bonne continuation ! Merci pour ton sourire ! Des bisous

  • Carine Dph dit :

    Je découvre ,ce matin en prenant mon café , votre parcours….
    Waouhou !
    J ai lu chacun de vos mots et regardé vos vidéos….Ouf !
    scotchée devant votre peps, votre courage. ..Votre grandeur d’âme. .
    VOS multiples talents ! Quelle artiste de la VIE….
    UN IMMENSE MERCI de savoir partager tout cela….
    Je vous ssouhaite une très belle journée.
    Merci encore
    Carine

Leave a Reply