Mon corps n’est pas idiot. Il a très bien compris où je l’emmène ce matin.

 

En entrant dans le parking de Cancerland, il retourne mon estomac. En montant dans l’ascenseur, il ôte le sang de mon visage. Il alourdit chacun de mes pas. À la vision de la chambre que nous connaissons tous deux trop bien, il déclare forfait et me retire mes dernières forces.

Il y a une dame dans le siège à côté du mien mais je me sens trop malade pour parler. Au fur et à mesure que les sachets qui pendent se déversent dans mes veines, je m’enfonce dans la nausée et dans la tristesse. J’ai envie de pleurer depuis que je suis rentrée dans cette putain de chambre. Alors je pleure. Je sanglote sans m’arrêter, des heures durant. Je pleure car les larmes m’empêchent de vomir. Et je préfère encore pleurer que vomir.

Les infirmières alternent les sachets mécaniquement. La dame à côté de moi, excédée, change de chambre.

Seule avec ma douleur, seule sous l’emprise de ce poison bouffeur de cellules cancéreuses et les autres.

 

requin

 

C’est idiot, mais il faut que je me voie. Mon dieu. Je suis dans un état pitoyable. Une misère aux joues livides, aux yeux et lèvres virant au violet. L’ombre de moi-même.

Tout est au ralenti aujourd’hui. Plusieurs médecins sont absents, les protocoles sont en retard et les infirmières ont l’air débordé. L’un des sachets se décroche et tombe sur le sol, je sonne une fois, dix fois, personne ne vient. Mon port-à-cat se bloque. Mon calvaire dure et ne se termine jamais. Il est 18 heures, je devrais être partie depuis longtemps.

Je touche le fond.

J’ai atteint ma limite ultime, mais je dois encore tenir. Ma souffrance est si intense que ne sais plus quoi faire pour me soulager.

Une idée éclaire soudain mon esprit. Dieu.

 

vierge

 

Quand on n’a plus rien, on peut toujours se raccrocher à Dieu. Pour la première fois de ma vie, j’y pense de toutes mes forces. Je ne lui demande rien de spécial, j’y pense seulement. Longtemps. Je sens alors que je suis en train de partager ma douleur avec des millions d’autres. Eux aussi sont en train de prier. Je me sens moins seule.

Round 7. Cancer, j’aurai ta peau.

Join the discussion 14 Comments

  • Lise dit :

    Les millions de personnes qui pensent à Dieu… Et tous tes amis, ta famille qui partagent ta souffrance et pensent si fort à toi pour l’alléger. Quand ça ne va pas, quand tu es seule, on est avec toi plus que jamais. Pense y fort. Je t’aime fort

  • la famille Fermon dit :

    On pense aussi très fort à toi Marine , chaque jour . Tu es une belle et forte personne et ceux qui croisent ton chemin ne peuvent que t’aimer !!!! bisous de nous tous.

  • Nono dit :

    Accroche toi, dis toi que ce n’est qu’une épreuve à surmonter.
    On pense fort à toi.

  • Nana dit :

    Comme je l’ai déjà écrit, je suis lâchement soulagée de lire ces lignes sachant que tout ça remonte à quelques semaines!!

    Tellement d’accord avec Lise. Chacun cherche ce qui lui apporte le plus de réconfort. Mais tu peux ajouter des couches : Dieu, les proches (famille et amis), la nature – mais je n’y inclus ni boisson ni drogue! Et toi, tu as la musique aussi dans toi – très, très importante, voire essentielle, la musique sous toutes ses formes.
    xxxxoooo

  • Marine dit :

    Merci à tous 🙂

  • fanny dit :

    toujours une belle plume.. mais Put.. que c est dur de te savoir seule face à cette maladie !!! bien sur nous sommes des centaines à penser à toi tous les jours je les sais tu es trés entourée.. mais la seule, l’unique qui peut décider de ne pas lâcher … c’est toi !!!
    tu es forte marine.. et même si j’aime beaucoup te lire .. il me tarde de lire tes prochaines aventures.. sortie de ce cancer.. car j’espere que meme aprés.. tu ne nous laisseras pas , nous qui sommes maintenant habitués à te suivre sur ton blog… beijos do brasil ma belle

  • Ruelle Audrey dit :

    Bonsoir, je viens de voir votre blog. Je ne parviens pas a dormir. Je sors de ma 2ème séance de chimio. J ai moi aussi un lymphome. Syndrome d Hodgkin stade 2a.
    Ce que vous décevez en arrivant a votre chambre hôpital me rappelé moi. Pas dans les mêmes proportions, mais quand même. Je ne pleure pas comme vous mais quand je suis a la maison et que je pense chimio et hôpital de jour, j ai des nausées. Quand j’y suis, j arrive appelée. Puis la bonne humeur me gagne pour être plus combative. Mais durant ma 2ème séance hier, j ai perdu peu ma jovialité car je me suis de suite sentie nauséeuse, et j ai dormi 1h00 a côté de ma mère qui foot me voir ainsi. Je suis rentrée a la maison, le tein blanc cerné.
    Je n ai pas encore perdu mes cheveux mais e le redoute. J ai vu des prothésistes capillaires, mais j ai très peur du jour ou je perdrai mes cheveux et ou je serai crâne ni devant la glace. Je prie pour que ça n arrive pas… J ai un fils de 5 ans.

    Je commence a penser a dieu. J ai envie d aller a église depuis quelques temps, mais en même temps, je me freine. Pourquoi aller le voir alors qu il me met cette épreuve de trop dans les jambes ? Moi je n ai pas envie de le rejoindre si tôt? Pourquoi moi? P…

    Je suis chanteuse. Certes pas connue comme vous, mais je fais du chant individuel et de la chorale. Je fais quelques presta dans le pas de calais. Mais ça s arrête la. Le seul moment ou j oublié est quand je chante. Mais la encore la maladie oblige a trouver des arrangements, des aménagements pour mon concert a venir le 18 oct.

    Si vous le souhaitez, j ai une adresse Facebook Audrey Ruelle a Harnes 62440.

    Bon courage pour la suite
    Audrey

    • Marine dit :

      La chimio c’est le plus difficile … Ce sera bientôt derrière vous ! La musique ainsi que les projets m’ont permis de rester combative. Je vous souhaite un bon rétablissement et je vous souhaite un merveilleux « après ». Bon concert et bon courage !

  • Kelvin dit :

    Guérissez bientôt ! Des millions de fans chinois sont en attente pour vous de revenir

  • alison dit :

    Apprendre que son amie est malade sur la depeche c’est un sentiment de culpabilité des plus honteux .. Je suis abattue de lire , ligne après ligne un calvaire que je n aurai jamais soupçonne , il fais froid ds mn cœur , g mal de te lire marine ..
    Les mots sont nuls, surtt par écran interposés .. Je veux te serrer ds mes bras et te dire que je « suis la » pour t aidée m d’un mini mini pas juste parceque tu es un véritable soleil, une force de la nature marine .. la marine qui me faisait tant rêver à la vie que je n aurai jamais , je suis la , prend mn mail, contacte moi en prive il faut que je vienne te voir o plus vite ..

    Pardon mon amie.

Leave a Reply