Ce doit être ça, la gloire.

 

Je vis sur les routes. La scène est ma nouvelle maison. Les gens me reconnaissent dans la rue et me demandent des selfies. Les plateaux télé, les publicités et les concerts pleuvent. Et cette pluie a le goût du Yuan.

 

 

Enchaîner un plateau télé avec trois heures de studio ? Pas grave, je dormirais demain. Tourner un clip pendant dix heures un dimanche ? S’il le faut.

Parfois, je prépare une chanson pendant une semaine et lorsque j’arrive sur le plateau, on me demande d’en chanter une autre. Inutile de poser des questions, personne ne sait jamais à quelle heure est mon passage, si j’aurais une oreillette ou non. Je ne comprends pas quelque chose ? Pas le temps de m’expliquer. Fonce et réfléchis après.

Les disputes, c’est surtout avec Da Xing, mon coéquipier. Il a passé 10 ans à essayer de percer dans la musique et ne peut pas supporter que j’y sois parvenue en quelques semaines. Sur scène, nous formons un duo glamour et nous nous tenons la main. Dans les coulisses, il garde les yeux rivés sur son téléphone et ne m’adresse pas la parole.

Nous partons souvent en tournée ensemble, et après chaque concert, nous partageons un luxueux et interminable repas avec les clients.

 

photo_marine_bases

 

Ces repas là sont très importants, en Chine. C’est là que se concluent les contrats juteux. Du positionnement des convives à la manière de tenir les baguettes, tout est calculé selon les codes de bienséance.

Premièrement, il faut toujours que j’attende que l’hôte m’indique où m’asseoir. C’est souvent à côté d’un costume bleu marine et raie sur le côté. Je dois alors l’inviter à trinquer avec un mot gentil et un cul-sec. Puis retourner mon verre pour lui montrer qu’il est vide. Et ce, aussi souvent que possible.

Lorsque l’un des costumes bleus porte une cigarette à ses lèvres, je la lui allume. Il me remercie, agréablement surpris qu’une étrangère connaisse si bien les coutumes locales. Si tout se passait bien, ils m’apprécierait et me recommanderait aux télés locales et à d’autres clients potentiels.

Avoir une carrière à succès en Chine, c’est surtout savoir boire comme il faut et allumer des cigarettes aux bonnes personnes. 

Certains soirs, Da Xing titube et s’approche pour m’embrasser sur la bouche.

« Dégage ! »

Il pue l’alcool, la clope et le mec perdu. Le lendemain, il se comporte toujours comme si de rien n’était.

 

zh

 

Au final, je me fous de Da Xing, de mon agent, de tous ces mecs en costumes à qui il faut plaire.

Je chante sur scène, le public m’acclame. Je savoure le succès au jour le jour et mon compte en banque commence à m’acheter un sentiment de liberté. 

Join the discussion 10 Comments

  • lala dit :

    Quelle vie ..!

  • Papa dit :

    Marine, avec tout ceci, tu as de quoi écrire un roman, ou un film !!
    Tout ceci dit beaucoup de la société chinoise et de la Chine d’aujourd’hui. En te lisant, on y est !
    Merci Marinou et surtout, bravo pour ton talent et ton travail !
    Papa.

  • Jean -Daniel dit :

    Super article Marine penses- tu que je pourrai m’en servir de cet article pour ma classe , chapeau article vraiment enrichissant….

  • yvan dit :

    on monte un groupe de rap en chine avec guillaume , pas besoin de passion la 🙂
    ET super article au fait

  • Lise dit :

    Bien déprimant comme système… Er je sais bien que, même si les codes changent, ça fonctionne ici aussi beaucoup comme ça : ronds de jambes et petites lâchetés et compromissions quotidiennes. Mieux que personne tu sauras les repérer aujourd’hui. Belle leçon de vie. Des tas de bises

  • Papa dit :

    Si tu ne veux pas perdre ces moments-là : écris, écris, écris !
    En écrivant les souvenirs remontent, c’est comme un fil qu’on commence à tirer, et les souvenirs arrivent.
    Je t’assure.
    Bisous
    Papa

    Ps : Maman est tout à fait d’accord avec moi.
    Pps : Mathilde, pour le film, on verra…

  • Nana-de-Marine dit :

    Savoir t’adapter, cela t’a déjà menée dans pas mal de contrées et tu vas en voir beaucoup d’autres – le monde est vaste et fascinant et tu sauras toujours en tirer le meilleur – pas seulement les sous pour ton compte en banque – ça, je ne crois pas beacoup, tu aimes trop les gens (sauf ce pauvre Zouhyou!).

    J’ai adoré la plage de la Pointe Vénus et ta danse à la vahiné.