Les premiers jours passés de l’autre côté de l’Atlantique, je commence ma journée en sirotant un thé dans l’une des tasses de Clara, la fille qui m’héberge.

Avant de la connaître, je pensais avoir une vie hors du commun. Elle a grandi à Hong-Kong, d’un père anglais et d’une mère chinoise. Il y a beaucoup de fric dans sa famille et elle est allée dans les écoles internationales les plus chics. Elle s’est installée à Los Angeles après y avoir passé un certain temps en centre de désintox à l’âge de 19 ans. Et ouais, avant, cette nénette était accro à l’héroïne et elle se piquait tellement à l’aine qu’elle s’est retrouvée en fauteuil roulant.

« It was like air. You really need air, right ? » (*C’était comme de l’air. T’as vraiment besoin d’air, non?).

Son mec de l’époque a claqué sous ses yeux d’une overdose, et elle s’est retrouvée à lécher des fonds de shots dans les cabines d’avion à la recherche de microgouttes salvatrices pour calmer ses crises de manque. Mais c’était comme de l’air.

Bref, à vingt-cinq ans, cette meuf s’est reprise en main et elle est maintenant propriétaire d’un magnifique studio d’enregistrement à Hollywood. Entre nous, on se surnomme « les survivantes ». On n’a pas vécu la même chose, mais le processus est un peu pareil. Première mort – Trou noir – Survie – Deuxième naissance. 

Sur la tasse de Clara dans laquelle je bois mon thé chaque matin, je peux lire : « Become the person you want to be » (*Deviens qui tu veux être). Et je commence alors ma journée d’excellente humeur.

 

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Les Américains sont plutôt sympa :

« You have an accent and a cool hair style ! What’s your story ? » (*Tu as un accent et une coupe de cheveux super cool ! Dis m’en plus sur toi !)

Je m’entends leur répondre tout naturellement que je suis en voyage et aussi en rémission d’un cancer.

Je n’ai plus besoin de mentir, je n’ai plus honte. Le cancer fait partie de moi, de mon histoire.

J’ai peut-être une maladie mais je ne suis pas ma maladie.

Je suis Marine de Nicola, être humain, traversant des hauts et des bas comme chaque personne résidant sur cette planète. Tant pis si ça choque, tant pis si ça ne plaît pas.

Même si le cancer semble peu à peu s’éloigner de moi, Il y a des jours où j’ai encore mal. Mal à l’intérieur de la poitrine, comme si quelque chose me gênait, comme si quelque chose souffrait. Et la fatigue continue de me clouer au lit des journées entières. Alors ma paranoïa se déchaîne et je me dis que je vais certainement bientôt clamser. Puis je me reprends et je me dis que non, ça va aller. Je hais cette épée de Damoclès au dessus de ma tête, mais j’adore ce qu’elle me pousse à faire au quotidien.

Parfois, je me dis que de toute façon, je risque de ne pas vivre très longtemps avec toute la merde que mon corps a subi. Alors pourquoi ne pas voyager partout ? Faire la teuf ! Manger tout ce dont j’ai envie ! Me marier à Las Vegas et dépenser tout mon fric dans les délires les plus dingues !?!

…Mais éméchée devant une des cathédrales nuptiales en carton de Las Vegas, je me ravise soudain et je ne déteste pas l’idée de prolonger ma vie de quelques années de plus au lieu de la brûler par les deux bouts. Je choisis alors de m’économiser comme je le fais pour la batterie de mon Iphone lorsqu’il est sur le point de s’éteindre. J’active le mode avion, je baisse la luminosité, je vis au ralenti. Dilemme difficile.

 

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Demain, c’est le deuxième rendez-vous du suivi post-cancer avec l’oncologue, à Toulouse. Bien sûr, je flippe ma race. J’ai peur d’être à nouveau aspirée par le gouffre, voir à nouveaux mes kilos, mon énergie et mon sourire me quitter. Mais je suis gonflée d’espoir et je meurs d’envie de plonger dans cette nouvelle vie que je suis en train de créer.

Une nouvelle vie où je me donne le pouvoir d’être la personne que je veux être : une femme dont la faiblesse est la plus grande force.

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Join the discussion 10 Comments

  • Nana-de-Marine dit :

    Tes articles me laissent sans voix – et presque sans paroles, sauf pour te dire que je pense que tu as tout compris de la vie et, quoiqu’il arrive, tu sauras profiter de chaque instant. Et n’oublie pas que ton âme n’a besoin de ton corps que le temps qu’il faut et après il se trouvera un autre. Ecoute un peu les Népalais qui brûlent les corps de leurs proches presque dans la joie, sachant qu’ils se retrouveront tôt ou tard (ce qu’une amie appelle l

  • Nana-de-Marine dit :

    … (je me suis coupée toute seule!) … la « cellule » de chaque individu, qui regroupe les mêmes âmes vie après vie – tu vois, tu retrouveras Elvire un jour).

    xxxooo

  • Pierre dit :

    Marine, si ton passage dans la maladie devait t’amener à aider les autres, je pense que tu ne pouvais pas faire mieux. Je trouve ton article magnifique et là tu fais vibrer les cordes les plus subtiles qu’il y a dans mon âme, et ça fait du bien…, ça élève.
    It is uplifting !!
    Merci ma chérie…

  • Chris dit :

    Comme d’habitude, j’adore, mais là, je dois dire que ta dernière phrase m’impressionne. Que je suis fière de toi ma fille adorée ! Je l’ai toujours été, mais là, franchement, je suis plus qu’admirative !
    Nous avons tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête, les corps sont forts et faibles à la fois, personne ne sait combien de temps il lui reste à vivre, mais l’essentiel réside dans la qualité de vie que tu mènes et dans le fait d’être en accord avec soi-même. Et là, je crois ma chérie, que ta vie va être belle, vraiment belle et cela me rend extrêmement heureuse. Je t’aime très fort.

  • Nadia Law dit :

    Merci Marine pour ta manière de décrire les choses, les gens, la vie…
    J’ai toujours un sourire au lèvres à te lire.
    Tu as l’âme d’une conteuse.
    Tu transformes un rien en quelque chose d’intéressant, captivant, authentique, surprenant, marrant, triste, confondant,…
    Je reste suspendue à tes observations, tes descriptions, tes histoires de rencontres, ton humour et ton regard sur la vie.
    Et je souris.

  • Lise dit :

    « J’active le mode avion, je baisse la luminosité, je vis au ralenti. » T’en as d’autres des comme ça ? J’adore. Et ta mère a raison : ta dernière phrase deviendra culte (je la pique illico). Je t’aime ma grande. Prends soin de toi.

  • odile dit :

    Mine de rien, toute cette expérience et la façon dont tu la gères, t’a fait gagné bien des années ! Tu as compris tant de chose déjà. Tu auras bientôt la bonne distance pour regarder le monde qui s’agite avec ce sourire plein de tendresse qu’affichent certains anciens. Ceux-là qui savent profiter d’un petit rayon de soleil sur la peau ou être touchés par la grâce d’un être humain qui passe. Peut-être que le meilleur c’est de savoir accueillir ses émotions comme des cadeaux, les laisser évoluer sans les brusquer et ne pas vouloir toujours tout comprendre…Peut-être… on est toujours en apprentissage quand on vit vraiment.
    Je t’embrasse en passant

  • CLAIRE 44 dit :

    Bonjour Marine, c’est avec grand plaisir que je te retrouve sur ton blog et je vois que tu es en pleine forme tant mieux (ce doit etre en partie du a ton voyage aux states) comme quoi il suffit d’un presque rien parfois pour retrouver la joie de vivre tu vois ! Je te souhaite un heureux Annicancer et dis toi que la flamme de cette bougie qui est restee au fond de toi en veilleuse ne demande qu’a s’agrandir au fil des annees a venir et qu’il va juste falloir l’entretenir. Alors prends bien soin d’elle…..
    Bisous a toi et toute la famille. A bientot ma belle.

  • La mocheteuse dit :

    Vivre en mode avion … Mais plus jamais sur Cancer Air Line ! ( http://noeudscheveux.canalblog.com/archives/2015/04/16/31833296.html)
    Vivre dans un corps en travaux peut-être, vivre avec une épée de Damoclès surement, mais VIVRE … encore !
    Merci de tes mots si beaux qu’ils sont comme les petits cailloux du petit poucet …
    Et continue de les égrener dans nos vies !

  • hicham dit :

    « J’ai peut-être une maladie mais je ne suis pas ma maladie. »

    Même si j’ai presque le double de ton âge, je n’en suis pas encore arrivé à me considérer ainsi. Pourtant c’est toi qui a raison, je le sais.

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