Alors que je m’apprête à sortir de chez moi, je marque une pause devant mes perruques.

 

Elles sont sagement alignées devant le miroir et me regardent toutes, se demandant laquelle d’entre elles aura la chance de voir un peu de pays. J’hésite.

L’autre soir, j’ai choisi la rousse espiègle pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Un beau brun m’a abordée et parce que la vie est courte, j’ai fini par lui mordre les lèvres. Puis j’ai senti sa main monter dans mon dos. Chaud. Se poser sur ma nuque. Bouillant. Effleurer le bout de mes faux cheveux. J’ai poussé sa main avant qu’il ne se brûle. Mais cette main trop curieuse insistait et cherchait absolument à percer mon secret. Alors je me suis accoudée au bar.

« T’es vraiment une belle rousse ! C’est ta vraie couleur ? »

J’ai levé les yeux au ciel et sans même prendre la peine de répondre, je l’ai planté là. Dehors, la maigre lumière du soleil faisait cligner mes yeux. Je me suis élancée dans la rue déserte mais la même main déterminée m’a tirée en arrière.

«  Attends ! Pourquoi tu pars ? Qu’est-ce-que j’ai fait de mal ? »

Ce n’était pas la faute du beau brun. J’étais juste fatiguée. Fatiguée de mentir.

C’est vrai que je n’ai plus grand chose sur le caillou, mais j’ai décidé de ne plus fuir. Alors hier soir, c’est la tête au vent et le menton haut que je suis allée à l’anniversaire de mon amie. Sa mère qui me connaît depuis toujours a versé quelques larmes en me voyant.

« – Ne pleure pas. Tu sais, je me sens bien comme ça ! Je n’en souffre pas du tout, au contraire !

–  Je sais… Je pleure parce que je suis fière. »

 

dessin2

 

La fête était légère et mon coeur battait son plein. Soudain, un petit homme au torse fin et à la voix haut-perchée m’a pris les mains en me dévisageant intensément.

«  Je ne te connais pas, mais je veux te dire merci. Parfois, je me déteste, je voudrais être différent. Mais quand je te vois, unique et magnifique, ça me redonne la foi.  Merci d’être… tellement toi-même. Merci d’exister. »

Je n’aurais jamais imaginé qu’un coup de tondeuse pouvait apporter tant d’espoir à quelqu’un.

Mon crâne chauve n’est pas le symbole de mon cancer. Il est mon émancipation, ma victoire, ma liberté nouvelle. 

 

dessin1

 

Aujourd’hui, je porte une veste bien taillée, de grandes boucles d’oreilles et mon maquillage est soigné. Je jette un dernier regard à mes perruques avant de quitter ma chambre.

Désolée les filles. Vous ne sortirez pas de sitôt.

 


 

Dessin 1 by Jérémie

Dessin 2 by Milène

Join the discussion 4 Comments

  • Nana-de-Marine dit :

    Et voilà! tu as fait un travail de fond – et le fond est très beau, car il ne te rassure pas que toi mais tous les autres! Hodgkin doit être vert de rage de voir que tu lui as damé le pion comme ça!

    Grand bravo aux deux dessinateurs – on savait que Jérémie avait un sacré coup de crayon, mais je découvre Milène.

    xxxxoooo et JOYEUX NOEL à vous cinq.

  • CLAIRE dit :

    Coucou Marine, je ne sais pas si tu connais la chanson « Laisse tomber les fillles » mais tu as raison continue d’avancer droit devant sans te retourner c’est le meilleur moyen de ne pas trebucher….!
    Je te souhaite de Joyeuses Fetes de fin d’annee et te fais de gros bisous.

    (oh la la ce clavier anglais qui n’a pas d’accent me donne l’impression de faire des fautes a tous les mots…on dira que c’est la faute de « Qwerty » )