Liu, mon agent, fume des cigares de luxe et s’est payé une montre Cartier.

 

Sa maîtresse s’est mise à collectionner les sacs Chanel et vient d’emménager dans un nouvel appartement. Mei a dix-neuf ans, mince comme un fil et elle tord sans arrêt son joli visage en moues de petite fille. Son job consiste à sortir avec un homme d’affaires déjà marié. En Chine, elles sont les bêtes noires redoutées par toutes les familles aisées : les « Xiao San » (les petites troisièmes)

 

tromper

 

 

Elle passe ses journées à regarder des films et s’acheter des fringues en attendant que Liu la sollicite. Toujours prête, elle répond à ses besoins de jour comme de nuit. En échange, il lui donne un toit et lui offre tout ce qu’elle désire. Mei l’accompagne lors des repas d’affaires, mais aussi au studio et dans les coulisses des plateaux TV. Souvent, sa voix de dessin-animé fuse et elle me propose d’aller faire du shopping.

Désolée. Je suis trop coincée pour être amie avec la maîtresse de mon boss.

Un soir au restaurant, Mei est à côté de Liu, fidèle à son poste. Il se penche vers elle et dit quelque chose à son oreille. Elle fronce ses sourcils maquillés, pousse un cri d’enfant à qui on vient de confisquer ses bonbons et quitte la pièce. Moins de dix minutes plus tard, une autre femme prend place sur la chaise encore chaude de Mei.

« Je te présente ma femme. »

Mon coeur cesse de battre. Je veux partir. Lever mon majeur en direction de ce connard infidèle et ne plus jamais avoir affaire à lui et à sa pétasse de maîtresse en faux-cils. Mais je reste immobile, comme transformée en statue de pierre. On place un verre d’alcool de riz dans ma main et on me chuchote :

« Elle, c’est la personne la plus importante de ta carrière, bois pour lui faire honneur. »

J’avance mécaniquement mon verre, évitant soigneusement son regard et le vide sans dire un mot. Autour, les autres rient bruyamment et lui portent des toasts par dizaines.

C’en est trop. Je me penche vers Liu et lui dit que ça, je ne peux vraiment pas, que je dois y aller. Il lève un sourcil et me regarde fixement.

« Voilà pourquoi tu as besoin de moi. Tu ne comprends strictement rien à la Chine. » 

 

chine

 

Ce doit être ça. Je ne comprends rien à rien. Pourtant, je suis entourée de Chinois du matin au soir. Je travaille, dîne et voyage avec eux, mais cela ne suffit pas. Je reste une étrangère.

 

scene

 

« Tu as de la chance. Tu es arrivée au bon moment. Si je voulais, je pourrais te remplacer en une minute. Parce qu’au final, tu est plutôt médiocre. Heureusement que tu as ce corps, ce n’est pas ta voix qui t’a emmenée jusqu’ici. Si tu ne travailles pas assez dur, il va falloir que je songe à te remplacer ! Mais je t’aime bien. Je te propose donc un contrat de quatre ans pendant lesquelles je serai ton agent exclusif. »

 

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Liu me tend un stylo au-dessus de la feuille de papier qui a le pouvoir de tout changer.

 

Join the discussion 22 Comments

  • Papa dit :

    Génial ! Génial !
    La suite , la suiiiiite !

  • maman dit :

    Alors Marinette chérie, voilà ce que je te suggère : tu écris ton aventure en Chine, comme si c’était un roman, et tu envoies le manuscrit à un éditeur, ça sera le tome 1. Et pour le tome 2, tu écris la suite, la maladie, ton combat, etc… et pour le tome 3, tu verras où vont t’amener les années futures…
    Je suis sûre que tu peux le faire, je relis souvent tes articles et je les enchaîne les uns à la suite des autres, ça se lit tellement bien ! Si c’était un livre, je ne pourrais pas le poser !
    Il me tarde la suite !
    je t’embrasse très, très fort

  • Sarah dit :

    Et non je ne suis pas ta maman pourtant si c’était un livre je ne pourrais pas le reposer non plus !

  • Sylvie dit :

    Ta maman n’est pas la seule à le penser !
    On boit tes paroles, euh tes mots !
    Vite la suite !

  • Zohra dit :

    Je suis d’accord à 300% avec ta , Marine !!!
    Tu écris tellement bien, je ne manque aucun de tes poste. Ta vie est fascinante. Tu es fascinante et exceptionnelle.
    Continue ton combat et à écrire stp.
    Bises

  • Zohra dit :

    Arf maudit correcteur!!
    Je voulais dire que je suis d’accord avec ta maman quant à l’écriture de ton livre.

  • Hon-lam dit :

    Très bon article, que je lis avec plaisir. Les différences culturelles, surtout en business, c’est pas facile à s’adapter.

    Sinon je suis d’accord avec maman Marine, un livre serait le bienvenu, au lieu de passer par un éditeur, pourquoi ne pas essayer d’abord le crowdfunding ?

  • Papa dit :

    Yes !
    Allez Marine !
    J’ai toujours dit que tu avais une plume. Aujourd’hui tu as un panache !
    C’est le moment de te lancer !!
    Enfin, de continuer car tu avais déjà commencé !! 🙂
    Bisous ma chérie
    Papa

  • fontan dit :

    salut Marine!
    je suis d’accord avec tout le monde! c’est un régal de lire ton blog même si c’est parfois très dur! tu t’exprimes très bien : écris un livre!
    on te soutient et on t’aime!
    bisous Mauricette and co

  • Nana-de-Marine dit :

    Autre « étrangère », je trouvais difficile d’accepter et intégrer les différences entre l’Ecosse et la France (« on ne fait pas ça, on ne dit pas ça » souvent entendu dans ma nouvelle famille alors que j’étais si loin de ma propre famille – bon, l’amour fait avaler beaucoup de pilules). MAIS à côté de ce que tu as vécu, ce n’était rien du tout.
    Je comprends d’autant mieux que tu aies eu cette force ces derniers mois – tu as su résister à toutes ces humiliations, à cette dictature – Hodgkin n’était pas à la hauteur face à une telle volonté de vivre la vie que TU voulais.

  • Moushi dit :

    Un roman dont tu serais l’héroïne et la talentueuse auteur(E), YES !
    Je t’embrasse ainsi que tous tes chers .

  • muriel dit :

    ouh la la, que dire de plus, je trouve aussi que tu as une sacrée plume, très agréable à lire, tu racontes si bien, effectivement comme un bon roman: au plaisir des mots s’ajoutent celui du contenu qui nous porte et nous emporte. Eh bé quel personnage! mais j’ai d’abord pensé »quelle progéniture »!
    bisesss

  • HOURYA dit :

    tout comme tes amis et ta famille je répète que tu as une très belle plume entre les mains et tu te dois de la montrer !
    bisous

  • Mika dit :

    Poignant, touchant. Joliment romancé.
    La realite des Xiao San est universelle dans les milieux de pouvoir…