À ce qu’il paraît, il fait beau dehors.

 

Je n’en sais rien car n’ai pas quitté mon lit depuis des années lumières.

Nous sommes en plein mois de juin, celui que je préfère. Le soleil chauffe, les rires fusent, les oisillons apprennent à voler.

 

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Ce concentré de vie, à quelques mètres de moi, m’est interdit.

Mon lit, mes draps se recouvrent de cheveux. On m’a prévenue. Mais les sentir pour de vrai tomber dans mes mains, c’est autre chose.

Ma tête tourne et m’empêche de me lever. Mon corps se traîne, mon coeur bat trop fort. Rester couchée. Ne voir personne. Les aiguilles s’enfoncent et ne m’arrachent aucun cri, seulement des soupirs fatigués.

Chimio, je te hais.

Ce deuxième round avait pourtant bien commencé.

« Qui est le malade ? » a demandé l’infirmière. J’ai souri, flattée. Après coup, je ne me rappelle jamais de ce que les docteurs ont dit, mon cerveau se bloque. Mais cette fois, je me souvenais des mots « optimiste »« efficace »« satisfaits » et de quelques sourires.

Surtout, j’ai vu une lueur dans le regard de mon père.

Cancerland porte bien son nom. Tout le monde ici a le cancer. Je fais maintenant partie de cette étrange communauté que je n’ai pas choisie. À cet instant, certains guérissent et d’autres meurent entre ces murs immaculés.

La chimio a commencé et le casque, mon vieil ennemi, est entré en scène. J’ai hurlé moins fort cette fois ci, mais ma tête a explosé au ralenti. Je devrais peut-être abandonner cet instrument de torture et accepter l’idée du crâne chauve. Mais j’veux pas.

Depuis mon retour à la maison, j’hiberne. J’attends que mon corps me revienne. Mon esprit s’évade. Je pense à mes voyages, à mes boulots, aux paysages, aux hommes que j’ai aimés. Je me sens comme une vieille dame nostalgique.

 

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La vie, cette capricieuse. Elle te donne tout… et sur un coup de tête, peut tout te reprendre.

Join the discussion 16 Comments

  • Lise dit :

    No comment justement. Bon dieu que ça fait mal et irradie en même temps. On t’aime si fort

  • Bastien Labroue dit :

    De grosses pensées vont vers toi Marine !!! C’est tellement dur cette vie, et tes textes tellement touchant …

    Des bisous et je te souhaite beaucoup de courage !

  • catou dit :

    Ma Marine,
    Sois forte, tu sais que la guérison est au bout.
    Et des mois de juin, tu en vivras encore plein et tu les apprécieras avec tellement plus d’intensité…
    Je t’aime fort.

  • Anne-Sophie dit :

    Bonjour Marine

    Je suis une amie sétoise de Lise et je ressens cette urgence de t’adresser tout le courage possible pour affronter ces traitements très rudes.

    Le soleil est en toi et il brille en ton âme bien plus qu’au dehors. C’est ta plus belle plume pour continuer ce combat .

    Je t’envoie cet amour universel qui fait que l’on puisse chacun te soutenir .

    Anne-Sophie.

  • Violette dit :

    Bonjour,

    C’est tellement étrange pour moi de te lire…
    J’ai vécu exactement la même chose que toi, Hodgkin stade 2, j’avais 16 ans, et ça a fait une sorte de coupure dans ma vie, elle était en mode « pause ».

    Je regrette de ne pas avoir écris, car en fait, tu verras, les souvenirs s’efface très vite lorsqu’on souffre. Je suppose que c’est naturel, la vie doit reprendre le dessus, alors les douleurs on les laissent derrières, on les effacent.

    Cela va faire 6 ans que je suis libérée de cette chose, et parfois avec ma mère on en parle, j’ai quelques souvenirs et elle en a d’autres, on partage cela, mais une grosse partie a été efface de nos mémoires.

    Je me souviens que je n’avais pas la force d’écrire, ni de lire, la plupart du temps. Les chimios ont eu un effet dévastateur sur moi. Et dans tes écrit je retrouve un peu ce que j’ai vécu. Car de nombreuses personnes que j’ai pu connaitre, qui avaient la même chose que moi, n’avaient pas tous ces effets secondaires, ils l’ont plutôt « bien vécu ».

    Avant chaque chimio je faisait une séance d’acupuncture, cela m’avait beaucoup aidé.

    Je me souviens aussi que tout le me disait « tu es courageuse! » « tu vas combattre ce crabe! », mais pour moi non, j’avais plutôt remis ma vie entre les mains des médecins, j’avais vraiment fait « pause », je ne contrôlais plus grand chose. Aujourd’hui je réalise que oui, d’une certaine manière, j’ai été forte, mais j’aurais voulu décider, car dans ces hôpitaux on ne vous laisse aucun choix, « vous allez avoir tel traitement », « nous allons faire ceci », je n’ai jamais pu dire quoi que ce soit !

    Je te souhaite de continuer a t’échapper lorsque la douleur est trop forte, les rêves, surtout les rêveries éveillées nous sauvent !

    Aujourd’hui ma vie est belle, pleine de cette force que j’ai acquises grâce a cette expérience, car elle m’a fait grandir un peu trop vite, certes, mais elle m’a tant apprit aussi !

    Tu sembles forte et déterminée, garde espoir, tu pourras réaliser tous tes projets ! 😉

    Je t’embrasse fort !
    Violette

    • KOAH dit :

      Merci pour ton témoignage violette, je pense que chacun le vit à sa manière! Je suis contente que tu te retrouves dans ce que je vis, et contente que ce soit loin derrière toi maintenant.
      Je t’embrasse

  • Marina dit :

    Bonjour Marine,

    Je viens de découvrir ton blog par le biais d’Isabelle.

    Ton mental d’acier est extraordinaire. Tu vas le pulvériser ce lymphome. Et pour t’y aider, je m’ajoute à tout ce flot d’amour, d’ondes +++ et de courage que tu reçois de toutes parts.

    On ne lâche rien, tu vas réussir.

    Toutes mes pensées,

    Marina

  • Nana dit :

    Un récit extraordinairement bien écrit, ma Marine – si tu n’es plus chanteuse (professionnelle), tu seras écrivain!

    Et les témoignages que tu reçois sont extrêmement émouvants.

    Tu te rends compte de ce mur, non, cette palissade d’amour qui se construit autour de toi, qui grandit, qui grandit?

    Je t’aime, ma Marine chérie

  • Moushi dit :

    Marine, Nana a raison, c’est avec tout notre Amour que nous construirons ce mur, pierres à pierres, pour toi, autour de toi. Ne sous-estimons pas le pouvoir de l’Amour, des énergies et rayonnements de chacun, tu es toi-même un tel rayon de soleil ! Je t’embrasse tendrement .

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