Où suis-je ? À Luoyang ? À Chengdu ? Suis-je dans le Sichuan ou dans le Guangxi ?

 

Je n’en sais rien. Peu importe, demain je serai ailleurs.

On sonne à la porte de ma suite. Mes plats sont là, joliment disposés et à la température parfaite. Le serveur porte un noeud-papillon ridicule.

« Bienvenue, mademoiselle Momo. »

Il n’y a qu’une seule coupe de champagne. De toute façon, je n’ai personne avec qui trinquer… Ça y est, je ressens la solitude des stars. Celle que j’ai toujours prise pour un mythe.

 

 

life-last

 

Un an et demi est passé. Je me suis accoutumée à la Chine. Je mets mon masque anti-pollution comme on chausse des lunettes, je ne m’étonne plus devant les raclages de gorge intrusifs et je fais sauter du riz à la perfection. Je recommande même aux enrhumés de « boire beaucoup d’eau chaude» et de « porter plus de vêtements». Je me sens comme une carpe orangée dans son aquarium.

Entre deux concerts, je voyage. Je dévalise les boutiques à la recherche de tenues de scène toujours plus folles, je ne me refuse aucun caprice. J’ai même un chéri. Un basketteur américain. Vite remplacé par un chanteur vénézuélien, puis par un homme d’affaires anglais et enfin un top model mexicain. Je me suis confortablement installée dans ma routine de starlette, mais quelque chose me manque.

Les sourires émus des fans, leurs coeurs que je sens battre jusque dans leurs mains ne me font plus rien. Ils idolâtrent un être qui me ressemble, qui porte mes vêtements et qui marche dans mes pompes. Ils aiment un produit marketing fabriqué à partir d’études de marché.

Je suis devenue une machine à rêves. 

 

lifelast1

 

« – Marine, t’as un problème. La nuit tu cries et tu te débats dans ton sommeil. Exactement comme si tu te bagarrais avec quelqu’un. Tu es sûre que tout va bien ?

–  Sûrement des cauchemars … »

 

Et le cancer vint frapper à ma porte.

Ou plutôt, il vint l’enfoncer d’un violent coup de pied.

 

 

Join the discussion 3 Comments

Leave a Reply