Mon docteur tient à bout de bras la radio de mes poumons.

« Tout est normal, vous pouvez partir en Chine en toute tranquillité ! »

Coup de tampon, billet d’avion, bouffée d’air chargé d’épices et de Co2, me voilà à Pékin.

L’automne est bientôt là mais la capitale chinoise s’en fiche royalement et affiche 39 degrés. En repensant à l’été qui vient de passer, je soupire. C’est qu’il a été fort en émotions. Un mal infâme s’est permis d’emporter sous mes yeux ma grand-mère que j’aime tant. Leucémie foudroyante, les docteurs ont dit.

Quoi? Un cancer? Pas possible … cela n’arrive qu’aux autres …

La mort n’est pas invisible, je l’ai vue se dessiner jour après jour sur le beau visage ridé de ma mamie. Cette femme d’une autre époque, au coeur bien plus gros que le ventre, avait pour particularité d’aimer au-delà du raisonnable. Alors que ses forces la quittaient et que ses yeux imploraient, je ne pouvais empêcher ses plaquettes de baisser, ne pouvais effacer les bleus de son corps, rallonger son sursis. Elle avait perdu les mots, mais sa main qui serrait la mienne valait tous les discours.

Dire adieu à celle dont l’amour m’a façonnée a été la plus grande épreuve de ma vie.

 

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Ce même été, j’ai participé à une compétition : « Le pont vers le chinois » qui élit le champion du monde de mandarin. J’ai donc fait mes premiers pas à la télévision chinoise avec 117 autres candidats venus de tous les pays du monde. J’avais un faible pour Mister Israël qui alliait intelligence et humour, quoi que Mister Italie se défendait, showman et virtuose au piano. Mister USA rappait en chinois, Miss Madagascar avait 16 ans et déjà un Bac scientifique ET un Bac littéraire, Miss Australie chantait comme une diva d’opéra, Miss Corée s’attirait les faveurs de manière peu catholique. À ma grande surprise, j’ai ramené le deuxième prix à ma belle nation.

 

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Je dis souvent qu’une seule vie n’est pas assez, j’en veux plusieurs.

Alors, lorsqu’un agent chinois me propose une carrière dans la chanson, je vois une nouvelle porte s’ouvrir. Et j’entends qu’on chuchote à mon oreille :

« 亲爱的莫莫 , prépare-toi à devenir une star … »

 

Join the discussion 2 Comments

  • Nana dit :

    Qu’Elivre aurait été heureuse de lire ce que tu as écris sur elle – et quel soulagement qu’elle n’ait pas eu à voir ce que tu endures. Elle t’aimait tant, son « autre fille » – imagine ce qu’elle aurait ressentie à avoir tellement peur pour toi et croire que le mauvais sort s’acharnait sur ses petites.

    Accroche-toi en souvenir d’elle et pour ton grand-père et ton père.

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